Ascension du Cholatse

Tentative au Cholatse (6440m)- Népal

Voilà quelques temps déjà qu’aller expérimenter l’effet de l’attitude me disait bien. Alors quand Bruno, mon fidèle compagnon lors de nos aventures nordiques en voilier, me propose de se joindre à lui et son frère pour une expédition au Népal,  je ne peux pas refuser!

Objectif : Le Cholatse, un superbe sommet de 6440 mètres par l’arête Sud-Ouest.


Caractéristiques du Cholatse: des arêtes incroyables!

Arrivé à Katmandou, après deux jours passés dans les formalités administratives, direction Lukla, la région du Khumbu à la rencontre du peuple Sherpa.

L’arrivée en avion est des plus épiques. La piste d’atterrissage très courte, est construite entre un ravin et une falaise. Alors quand l’avion amorce un piqué à 45° pour se poser, et que le co-pilote n’arrête pas de se retourner pour te faire des signes de pouce, tu ne sais pas si tu dois être rassuré ou mort de peur…

Comme stratégie d’acclimatation, nous avons choisi de faire un trek d’une semaine pour profiter au maximum des paysages et attaquer l’ascension du Cholatse dès l’arrivée au camp de base.

Au début, on marche entourés de montagnes vertes et luxuriantes ou les rivières d’une puissance incroyable sont franchies par d’énormes ponts suspendus ! Bientôt, tout deviendra très minéral.

Petits ponts suspendus…

Après quelques jours de marche c’est l’heure du test en altitude !
On doit rejoindre Gokyo en passant par le col de Renjo La, à 5360 mètres d’altitude.

Depuis 1 heure, j’ai augmenté le rythme, trop pressé d’apercevoir le Cholatse ! Les yeux qui palpitent et quelques flashs m’éblouissent, drôle de sensation que l’altitude ! Mais il suffit de reprendre une allure raisonnable et tout rentre dans l’ordre.

Wouaw ! Le panorama est impressionnant. Bienvenue aux pays des géants himalayens: Everest, Lhotse, Nuptse, Ama Dablam, Thamserku. Tous plus beau les uns que les autres ! Bien sûr le Cholatse, lui, nous boude, bien caché dans les nuages…

Le Cholatse, beau et mystérieux.

Après Gokyo, on file au camp de base pour un départ prévu le lendemain matin. Une fois toutes les affaires rassemblées, les sacs sont bouclés, parés pour l’ascension!

Montee au camp de base du Cholatse
La montée au camp de base, toute la question reste de savoir si l’on est dans la bonne vallée!

Au lever du jour, c’est le grand départ, l’équipe est motivée à bloc, même les sacs sacrément lourds ne viennent pas troubler notre joie.

L’ambiance est à l’automne, un petit brouillard s’est installé dans la vallée. Le point positif, c’est qu’on passe sous des séracs à faire blêmir tout alpiniste, sans même s’en rendre compte !

Le glacier est vite traversé, mais l’effort que l’on doit fournir en portant nos sacs nous rappelle qu’on prend de la hauteur. Je me félicite des trois derniers mois passés à faire de la natation faute de montagne.

Les sac légèrement lourd…

Peu avant le sommet du glacier, on aperçoit le col ou nous pensons bivouaquer. Pour y accéder on peut remonter de grandes pentes de neiges à 70° ou rejoindre une sorte de barre rocheuse. Les pentes me disent bien, mais comme nous n’avons aucune expérience de la neige dans cette région, la voie de la sagesse l’emporte, direction le caillou.

A l’attaque ! La pointe avant du crampon, légèrement tremblante, posée sur ce graton qui tout à l’heure, paraissait si bon… Alors qu’avec mon piolet je tente de trouver un coincement de lame potable sous la neige, priant pour que l’autre qui tient miraculeusement sur une petite prise n’en profite pas pour ce faire la malle !

Les dalles recouvertes de neiges ne facilitent pas la tâche!

Escalade extrême ? Absolument pas. Juste un mauvais rétablissement plein de neige à passer au dessus de la rimaille, que je n’ai pas vraiment envie d’aller explorer par un plongeon tête en bas :)

Dans toute cette agitation, la neige en a profité pour commencer à tomber, dissimulant quelque peu les prises!

Au col, une accalmie nous permet tout juste de monter le camp et de faire fondre de la neige pour l’eau de la soirée et du lendemain, avant qu’elle ne recommence à tomber toute la nuit.

Ne pas ce fier à la photo, notre Bruno national est au top de sa forme!

Au réveil, la neige ne tombe plus et nous sommes gratifiés d’un magnifique lever de soleil, nous présageant une superbe journée. Mais l’illusion d’une journée parfaite est vite chassée par l’arrivée de gros nuages.

Le réveil est plutôt sympathique.

Rapidement, la brume nous entoure, réduisant notre champ de vision à 30 mètres quand les flocons commencent à tomber… Dire qu’on nous avait vanté cette voie pour son panorama incroyable!

La bonne nouvelle c’est qu’au programme de la matinée c’est de la grimpe et sous la neige, j’adore! Je viens buter devant une cheminée que j’escalade tant bien que mal. Aucun scrupule, ou forme d’éthique ici : escalade artificielle, genoux, pause archi sec sur la corde… je serai même prêt à faire des crochetages mentons s’il le fallait. Bref, le cocktail altitude, neige inconsistante et de l’escalade physique me donne un style de grimpe plutôt comique!

Mon style de grimpe préféré : la renfougne !

Encore quelques mètres de galères, dont une dernière où les fissures, devenues trop petites pour mes doigts, m’obligent à finir avec l’aide d’un piolet, nous mènent au sommet du premier mur. Pour la suite on contournera la fin du gendarme, par des vires ascendantes à droite.

Sommet du crux de la voie!  Maintenant c’est plus que du bonheur!

Yannick prend la tête de cordée et moi je me fais un petit aller retour, de 60m, juste par plaisir ! Bon ok : pour aller récupérer mon sac avec lequel je n’ai pas voulu grimper, petit joueur quoi ;)

Tiens, un brin de soleil! Quelques minutes de répits, avant le retour du brouillard!

Satané brouillard. On ne voit rien depuis ce matin : ça n’aide pas pour choisir l’itinéraire. La neige en plus, fait qu’on a perdu beaucoup de temps. On ne peut pas rejoindre le camp escompté. Après le mur, Yannick grimpe encore 200 mètres et nous trouve un bivouac 3 étoiles !

Sympa le panorama!

La tente installée, commence la longue mission : faire fondre de la neige pour l’eau. On est quand même mieux sous la tente que sous la neige. Dans la soirée, je commence à avoir sérieusement mal à l’avant bras. “Ha oui, c’est quand même bien gonflé…” Tout pour me rassurer venant de Yannick, médecin de son état. Pour lui, ça ressemble fort à une fracture. Pourtant, je n’ai aucune idée de ce qui a pu me blesser?

Les deux fréros an plein montage du camp.

En y repensant je me rappelle effectivement avoir ressenti une vive douleur le matin, en grimpant, mais rien de bien précis. Peu probable que ce soit une pierre, alors, peut-être était-ce lorsqu’en verrous de bras dans le mur de granite, mes pieds ont glissés sur la dalle plaquée de neige, je ne le sais pas.

Grimper sur des plaquages de neige inconsistante, humm, que du bonheur!

En attendant, ça sera pas très pratique pour tenir mon piolet cette histoire… Heureusement, la partie la plus technique est finie, il suffira de ne pas trop bouger l’avant bras!

Dans les vires on peut enfin avancer vite!

La nuit, c’est grand luxe dans le sac de couchage Sirjoseph. Il est tellement compact et léger que suis vraiment surpris de ses performances. -10°C, et je suis en t-shirt, royal dans un duvet à cette altitude !

Ha! C’est quand même mieux au soleil.

Au lever, grand beau et pas un nuage menaçant à l’horizon !
L’arête, splendide, se dresse devant nous avec un abime plongeant de chaque côté.

C’est très spécial d’escalader une arête, ce n’est pas techniquement compliqué mais c’est vraiment très impressionnant.

On prend de la hauteur et l’altitude commence à se faire sentir!

Et glisser n’est pas vraiment la bonne option… La solidité des pieux à neige, que l’on enfonce à la main, donnant une illusion de sécurité à notre cordée, ne sont surement pas des plus efficaces…

Le vide omniprésent nous fait vibrer!

Au sommet de l’arête je suis épuisé, les cordes d’assurages frottent sur la neige, provoquant un poids considérable à tirer. Et une sorte d’envie de vomir me prend, sans doute due à mon pauvre petit avant bras qui est devenu franchement gros. Le pauvre n’a pas trop dû apprécier d’utiliser le piolet toute la matinée…

Yannick passe devant pour la dernière difficulté de la voie. Un sérac de 10 mètres à franchir. Le voilà sur-motivé, se lançant à l’assaut d’une cascade de glace à plus de 6000 mètres d’altitude!

Cascade à plus de 6000 m, la glace n’a qu’à bien ce tenir !

La glace est excellente et quelques coups de piolets plus loin il arrive au sommet, devant une pente de neige bien raide.  On ne le voit plus, mais vu toute la neige qui nous tombe dessus, pas de soucis il est au travail !

Les pentes, bien chargées ne nous inspirent pas trop confiances.

Puis plus rien… jusqu’à ce que ça reparte, mais cette fois avec la corde qui descend? De retour au relai, on apprend que la pente surchargée de neige des deux derniers jours n’inspirait vraiment pas confiance par rapport aux avalanches…

Bon, pas facile de choisir mais on préfère descendre…

On fait une rapide tentative par la gauche, mais c’est encore pire. Finalement, on décide de poser la tente et de descendre le lendemain. L’ambiance n’est pas à la joie, d’autant qu’après cette petite pente, c’est de la marche jusqu’au sommet.

Nous aurions sûrement dû faire une tentative le lendemain matin à la fraîche, mais les regrets sont inutiles, le plus important étant toutes les nouvelles expériences acquises pour de prochaines expéditions…

Ce qui nous aura le plus manqué pour la réussite, c’est la patience.
Je pense qu’au col, le premier jour, nous aurions dû rester au camp une journée pour laisser passer le mauvais temps. Quitte à rationner la nourriture, le plus important étant de toujours pouvoir se faire à boire.

L’arête en désescalade est encore plus impressionnante qu’à la montée. C’en suit la descente du bastion rocheux, du col puis du glacier avant de retrouver la sécurité d’un bon sol bien dur!

Mais la deuxième mission de la journée va bientôt commencer, à savoir : redescendre 2h00 de marche du camp jusqu’au au petit village de Thore.

Allez encore un p’tit effort!

Et nous serons légèrement chargés…

Liste du matériel spécifique utilisé pour cette ascension du Cholatse :

Alex.

Merci de votre lecture et à bientôt !

2 réflexions sur « Tentative au Cholatse (6440m)- Népal »

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