Ouverture de « Débarquement immédiat » au Groënland

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Pour notre première grande ouverture, on ne peut pas dire que nous avons été déçus ! Le départ de la voie est sensationnel : directement du voilier. Une face de 600 mètres complètement vierge, appelant à la grimpe. Et en prime, l’ouverture de la voie s’est faite 100% sur coinceurs : ni spits ni pitons n’ont été plantés. Bref, que du bonheur !!!!!

Nanortalik, lieu de rencontre avec la population local.
Nanortalik, lieu de rencontre avec la population locale.

Alors que l’on quitte le fjord de Tasermut après trois semaines de pur bonheur, on a la bonne surprise en arrivant à Nanortalik de voir le bateau du projet ATKA . On est tout contents de retrouver les deux marins qu’on n’avait pas vus depuis l’Islande. À leur bord, c’est toute une équipe : base-jumpers en quête de nouveaux sauts, photographe et cameraman.

Arrivée dans le fjord, les parois commencent à apparaitre!
Arrivée dans le fjord, les parois commencent à apparaître. Il y en a de partout!

On décide donc de les suivre dans le fjord Kangerdluarssuk où l’on espère les voir sauter. Alors que nous sommes en route, on ne se fait pas trop d’illusion pour la grimpe . Sauf qu’en arrivant c’est la bonne grosse surprise, ce n’est en aucun cas un spot à Base jump mais le paradis des grimpeurs, ça oui !

Ce sont des dizaines de faces toutes plus belles les unes que les autres qui surplombent le fjord de toute leur hauteur. On est tous comme des fous à imaginer des itinéraires, sans compter qu’avec le bateau on s’approche au plus près des falaises. Finalement, on jette notre dévolu sur une face de 600 mètres plongeant directement dans l’eau.

Mouillage typique au Groenland. Marche d'approche zéro, le rêve!
Mouillage typique au Groenland. Marche d’approche zéro, le rêve!

Comme ici les fonds disparaissent dans les abîmes, on peut amarrer le bateau contre la paroi avec des « friends » des années 70, qu’on avait embarqués spécialement pour ce genre d’occasion! Le bateau sécurisé, place à la préparation du matériel.

Ici il faut de tout comme coinceurs, des petits, des gros et le tout en masse !Je vais bien rigoler en tête avec tous ce barda accroché au baudrier.

Au final nous avons : 3 jeux de friends, 1 jeu de câblé et d’excentrique, 15 pitons (en titane s’il vous plaît!), tamponnoir et spits. On espère ne pas mettre de spit, mais bon, en cas de coups durs, ils peuvent nous sauver la vie.

Le meilleur moment d'une ouverture, le choix de la ligne!
Le meilleur moment d’une ouverture, le choix de la ligne!

La nuit est glaciale, ça change la donne quand il y a des centaines d’énormes icebergs en dérive dans le fjord. On espère juste qu’il n’y en aura pas un seul à faire un trou dans la coque lorsque nous serons 500 mètres plus haut…

C'est partie! La grimpe est génial et pas trop dur, le top pour commencer.
C’est parti! La grimpe est géniale et pas trop dure, le top pour commencer!

Groenland, Kangerdluarssuk fjord

Première longueur, je grimpe, pose mes coinceurs et profite pleinement de cette ascension . Pour moi c’est un rêve qui se réalise de pouvoir quitter mon voilier chaussons aux pieds en quête d’expériences et d’aventures dans un site aussi sauvage et magnifique.

Le rêve qui ce réalise, ce sera une chose de moins à faire!
Le rêve qui se réalise, ce sera une chose de moins à faire!

Groenland, Kangerdluarssuk fjord

Je débute la voie sur un granit bien plus sain que ceux que nous avons rencontrés jusque là, remonte un système de fissures et de dalle compacte plutôt facile, le tout en 5c. Pour moi, il n’y a qu’une règle en escalade : avoir un relais inarrachable. Au moins, je n’ai pas trop de scrupules s’il faut engager dans les longueurs…

Il faut beau, il faut chaud (enfin presque) et toujours cette magie du paysage.
Il faut beau, il faut chaud (enfin presque) et toujours cette magie du paysage.

Groenland, fjord Kangerdluarssak, voie "débarquement immédiat"

L’ambiance est à la détente, le soleil de plomb et la ligne évidente. C’est exactement ce que l’on avait repéré à la jumelle à partir du bateau. Pour le moment tout se passe bien, on a même la surprise de voir le voilier ATKA sortir d’un amas d’iceberg.

Le voilier ATKA et toute son équipe en route vers Tasermut.
Le voilier ATKA et toute son équipe en route vers Tasermut.

Finalement en fin d’après midi, à force de rigoler et de blaguer, on se rend compte qu’on a fait seulement 400 mètres… Il nous reste encore 200 m et on n ‘a pas envie d’équiper la descente dans la nuit, alors on descend en comptant bien revenir plus tard quelques jours plus tard.

On profite de ce petit contre-temps pour aller ouvrir deux nouvelles voies, « corps impatient » 450 m, 6b max et « sans courant au portant » 300 m, 7a max sur l’île de Nunarssuaq.

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C'est dur la vie...
C’est dur la vie…

Cinq jours plus tard, on est, comme promis, de retour dans « débarquement immédiat » au point le plus haut que nous avions atteint, mais ce coup-ci avec 3 heures d’avance. Cette fois on a pris le matériel de bivouac et avec un peu de chance, nous pourrons continuer jusqu’à 900 mètres de haut en rattrapant une autre face.

Cette fois on a le matos de bivouac, nuit sympathique en perspective.
Cette fois on a le matos de bivouac, nuit sympathique en perspective.

L’ambiance change complètement dans cette deuxième partie de voie. L’escalade devient plus athlétique dans de très grands dièdres bien verticaux. Les longueurs de 60 mètres m’obligent à économiser les coinceurs. Mais malgré cela, bien souvent je me retrouve au relais, complètement dépouillé. Alors là : place à la bidouille et à l’ingéniosité pour faire des relais solides.

Cerise sur le gâteau : la verticalité de la voie fait qu’on est souvent les pieds dans le vide !

Changement de style, on commence enfin à tirer sur les bras!
Changement de style, on commence enfin à tirer sur les bras! Ici dans une des longueurs en 6b.

Brutalement, le dièdre prend fin, coupé par un très grand toit.

Plus je m’en approche et plus je me demande bien comment je vais me débrouiller pour sortir de là ! J’espère que ça va passer, surtout qu’on est sûrs que le sommet est juste au dessus. Le relais, pieds sur une petite vire inclinée, ne donne pas envie de traîner.

Une fois le matériel récupéré, je fonce sur la gauche ou j’ai repéré une fissure.

Et bien, il est grand ce toit...
Eh bien! Il est grand ce toit…

Le corps dans le vide, les mains bloquées dans la fissure, un peu de nerf, un petit talon et hop, me voilà sorti du crux. Enfin c’est ce que je pensais… Il me reste dix mètres à gravir dans un caillou pourri à souhait. C’est un vrai cairn, il faut «  pousser » sur chaque prise pour éviter l’éboulement.

Heureusement, Bruno et Benjamin sont protégés par le toit, ce qui me permet de grimper un peu plus sereinement.

En montagne la clef de la réussite, c'est la bonne humeur!
En montagne la clef de la réussite, c’est la bonne humeur!

Je sors du pilier et tombe sur une vire qui sera parfaite pour bivouaquer, j’en connais un qui aurait quand même trouvé à faire du terrassement… Quand ils me rejoigent on décide de faire le sommet le lendemain et de ne pas aller dans l’autre face, complètement décalée par rapport à nous.

Encore une belle nuit en parois, sans la pluis du matin on aurai pu dire parfaite!
Encore une belle nuit en paroi, sans la pluie du matin, on aurait pu dire parfaite!
Vu sur le fond du fjord, il reste quelques voies à ouvrir...
Vue sur le fond du fjord, il reste quelques voies à ouvrir…

La nuit est superbe et l’ambiance un peu mystique avec le brouillard créé par les iceberg nous engloutissant petit à petit. Au réveil, le brouillard s’est transformé en crachin qui mouille. Je suis bien content d’avoir mon duvet en plume « Sir Joseph », déperlant, qui ma gardé au sec toute la nuit !

Le temps ce découvre, c'est parti pour le sommet.
Le temps se découvre, c’est parti pour le sommet.
On c'est même permit de laisser une trace de notre passage au sommet.
On s’est même permis de laisser une trace de notre passage au sommet.

Si je devais retenir quelque chose de cette ouverture, c’est l’incroyable plaisir d’être passé là où personne encore n’est passé, d’avoir pu choisir la ligne qui nous a paru la plus belle et de s’être fait plaisir dans chaque moment de la journée.

Place à la descente, on aperçoit encore le toit, dernier passage technique de la voie.
Place à la descente, on aperçoit encore le toit, dernier passage technique de la voie.

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Matériel utilisé:

Doudoune Sir Joseph
Duvet pied d’éléphant Sir Joseph
Veste Dru directalpine
Polaire directalpine
Pantalon directalpine
Sac deuter 35+
Baudrier Petzl Sama

Corde à double petzl, Tango 8.5mm
3 jeux de friends black diamond
1 jeu de coinceur et d’excentrique
1 dégaine explose petzl

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